Johann Perathoner, jeune artiste contemporain : "Le culot est un art !"
Johann Perathoner

Johann Perathoner, jeune artiste contemporain : "Le culot est un art !"

Johann Perathonerjeune artiste, ne va pas tarder à faire du bruit dans le monde de l'art contemporain. A tout juste 29 ans, il a déjà un style bien à lui, reconnaissable entre mille. Energie... tel est le premier mot qui émane de ses oeuvres en 3D, ultra-colorées, représentant les plus grandes villes du monde, comme à travers le regard d'un enfant qui aurait tout compris. Une plongée féérique dans un monde grouillant mais structuré, nous laissant l'espace d'un plaisir presque coupable de pouvoir apprécier cette vue unique et envoûtante... de jour comme de nuit ! 

 

"New York", de nuit


Public Ados : Comment t’es-tu retrouvé à peindre ?

 

Johann : J'ai toujours aimé ça, quand j'étais petit, je me donnais déjà des défis de réalisation architecturale, je faisais déjà des tableaux de villes très colorés. J'ai toujours apprécié ce style, je n'ai fait qu'améliorer une technique que je perfectionne d'année en année. A 14 ans j'avais déjà réalisé des cartes postales aux éditions Cartes d'Art ; elle n'étaient pas en volume mais c'étaient déjà des représentations de villes à destination des touristes visitant la capitale. Venant d'une famille d'artistes, j'ai dû faire beaucoup beaucoup de piano quand j'étais petit, j'ai toujours pensé que je m'orienterais vers la musique et c'est une tout autre histoire que s'est passée !

 

Public Ados : Tu t’inspires des villes du monde ? 

 

Johann : Je fais essentiellement les grandes métropoles, parfois uniquement des quartiers. Les villes les plus intéressantes sont celles situées dans des zones alliant nature et architecture comme c'est le cas de Rio, Singapour ou Hong Kong. Avec mes différentes couches de carton plume que je superpose, une ville comme Hong Kong est particulièrement riche de couleurs et de diversité visuelle car je peux mettre en premier plan la jungle, avec tout autour le bras de mer et mes effets visuels de transparence, puis la ville et ses buildings. 

 

Public Ados : C'est une sorte de best-of des villes ?

 

Johann : Oui, en fonction des batiments, monuments importants et de l'harmonie avec le tableau, je fais mon petit best-of. Je vais bientôt aller à Jerusalem pour réaliser une commande japonaise... je ne sais pas encore quels monuments je vais choisir !

 

Public Ados : Il y en a une qui t’a particulièrement marquée ? Pourquoi ? Et tu te verrais y vivre ?

 

Johann : Très certainement New York pour son énergie inépuisable, mais bon,  je vous dit ça à 29 ans, il est possible que cela change. Je suis amoureux de Rome également et c'est diamétralement opposé. En confort de vie, Singapour est une ville extraordinaire, une démocratie autoritaire certes mais une ville sereine, ultra sécuritaire, à la végétation luxuriante au coeur de la ville et des jardins splendides ; on se croirait dans un parc d'attraction !

 

Public Ados : Tes œuvres qui proposent une vision très dense de l'urbanisme procurent beaucoup d’énergie à travers les couleurs et le jeu de la 3D...

 

Johann : Une ville, c'est une multitude de petites choses qui fond une âme à part entière, ses boutiques, ses monuments, ses individus, ses jardins, ses cafés. A chaque émotion, j'essaie à l'aide de tous les outils de l'art plastique de retranscrire cela. C'est un travail de fourmi où toute cette multitude de détails doit former une cohérence en permettant aux curieux de se l'imaginer, il y a un côté très immersif que j'essaie de retranscrire et cela est très chronophage, je mets parfois plus de 1000 heures pour réaliser une seule pièce.

 

Johann, "3D Artwork" :

 

Public Ados : Le côté féérique et structuré… C’est révélateur de ta personnalité ?

 

Johann : Très bonne question ! Et bien sans doute, rêveur les pieds sur terre, un vrai paradoxe pleinement assumé !

 

Public Ados : Il y a un côté très enfantin, jeune, proche des tags… tu as des inspirations en particulier ?

 

Johann : J'ai un parcours universitaire et une vie d'entrepreneur, je n'ai pas fait d'école d'Art et je me suis intéressé à l'histoire de l'Art assez tard finalement. Je fais avant tout ce que j'aime faire ; je n'ai pas été bouleversé par une œuvre spécifique pour créer, en revanche, la richesse des villes devant mes yeux sont une source d'inspiration inépuisable. Après, dans la description de mon travail, de nombreux critiques ou passionnés d'Art ont pu déterminer certaines analogies avec le travail de Charles Fazzino, parfois le Pop-art ou encore le style naïf, donc finalement assez accessible. J'utilise donc ces termes dans mon discours artistique. Mes inspirations sont des petits détails que je vois dans certaines oeuvres et utiliser pour mes tableaux ; si je vois par exemple une texture spécifique sur une oeuvre, je vais essayer de la reproduire le même résultat et l'adapter.

 

Public Ados : Qui sont pour toi aujourd’hui les artistes à suivre en art contemporain ?

 

Johann : J'aime beaucoup les travaux de Street Art tel que Stohead, Jonone et Invader.

 

Public Ados : Il y a-t-il des "classiques", ou artistes à suivre que tu conseillerais aux ados ? 

 

Johann : Je pense que pour comprendre l'Art, il faut parcourir un livre d'images de chaque grand courant dans l'ordre chronologique. Les images sont plus accessibles que des discours d'Art contemporain complexes surtout pour les jeunes, si c'est trop rebarbatif cela peut dégoûter rapidement. Jeff Koos a le vent en poupe bien sûr en ce moment, il faut se forcer à aller une fois par mois aux expos du Palais de Tokyo, de Beaubourg qui proposent d'excellentes programmation. Beaubourg présente en expo permanente des centaines d'oeuvres passionnantes et expliquées de manière ludique. Je conseille également de simplement "liker" ou suivre des galeries d'Art du côté de l'avenue Matignon ou de la rue de Turennes, à chaque expo les galeristes en parlent sur leur réseaux sociaux. En ce moment vous pouvez découvrir galerie Perrotin les photos osées de Terry Richarsson. J'invite jeunes et moins jeunes à foncer au musée Picasso récemment ouvert, une richesse d’œuvres inouies y sont présentes. Enfin, il y a au Grand Palais le ArtParis du 26 au 29 Mars, il faut y aller bien sûr. 

 

Public Ados : Est-ce-que tu as pris des cours d’arts plastiques ado ?

 

Johann : J'ai fait 1 an de cours avec Maître Aimé Venel, il m'a donné les bases de la couleur et du portrait donc pas grand rapport avec ce que je fais mais tout aussi intéressant !

Je remets en question chacun de mes travaux, en parle aux amateurs ou spécialistes et cherche constamment à améliorer la technique.

 

 

Public Ados : Quel conseil donnerais-tu aux jeunes artistes pour se faire connaître ?

 

Johann : Utiliser 20 % de son temps pour le marketing absolument. J'entends par là de tenir à jour son compte Twitter, Facebook, Instagram, faire des vernissages et parler aux artistes, aux galeristes et leur expliquer votre travail. Créez-vous un site internet avec des belles photos de vos travaux, faites-vous aider par un ami littéraire qui vous apprécie pour rédiger votre discours, ça ne se fait pas en 5 secondes, les acheteurs ont besoin de comprendre votre personnalité, votre sensibilité, et savoir si vous évoluerez avant de vous acheter. Si vous n'arrivez pas à être en galerie, essayez les nombreux concours d'Art, tentez votre chance au Mac Paris, essayez de vous créer un petit catalogue pour pouvoir donner aux galeriste votre travail en main propre, il existe aussi de nombreuses expositions collectives qui proposent un peu de visibilité, il faut tout tenter ! Le culot est un Art, il faut être ambitieux sans être arrogant ou nombriliste, c'est peut-être le défaut de certains artistes. Il faut s'ouvrir sur le monde pour créer, se promener dans les villes, regarder des centaines d'oeuvres sur Google, prendre en photo les tags que vous voyez dans la rue, il faut être curieux de tout et très observateur.

 

Johann, "3D Artwork POPART" :

 

 

Public Ados : Quels sont les autres sentiers pour toucher son public ?

 

Johann : Facile à dire, mais les foires sont le meilleur levier car elles attirent des curieux, des collectionneurs, des galeristes, des mécènes... Dans ce flux de gens, il y a souvent des acheteurs potentiels.

Il y a aussi la culture du Buzz à exploiter, quand je cherchais une galerie à Paris, j'ai loué un camion que j'ai équipé de lumières pour pouvoir présenter mon travail en demandant au galeriste de sortir 2 min pour voir mes œuvres. C'est très culoté mais ça a marché !

 

Public Ados : Tu as participé à une émission sur NRJ 12 ? Comment c’est arrivé et que peux-tu nous dire de cette expérience ?

 

Johann : J'ai vu un appel à témoin sur Facebook d'une amie journaliste tout simplement ;  travaillant avec le groupe Bartoux qui a justement une galerie sur Courchevel, je devais alors lui apporter quelques pièces, je me suis dit, "toute communication est bonne à prendre, go !" Sur place je m'étais prévu une petite trame afin de démarcher un peu les boutiques de luxe, les concierges d'hôtels etc. La JRI Dorothée Marro m'a suivi dans tous mes déplacements armée d'un petit micro et c'est comme ça que ça s'est passé. Bien sûr j'essaie d'être léger, c'est un reportage, je ne suis pas là pour être trop formel et vendre mon "travail" à chaque plan, donc j'espère que c'est digeste et que je ne me prends pas trop au sérieux ! (rires)

 

Public Ados : Tu as eu peur d’y participer ? Ça t’a servi niveau notoriété ? 

 

Johann : J'y ai beaucoup réfléchi et finalement je me suis dit que la qualité du reportage et mon image c'est celle que j'en fais, quand je suis filmé, si je m'exprime mal, si je suis "lourdingue", si je parle dans ma barbe de manière inaudible et bien je serai ridicule, à moi d'être à la hauteur si je puis dire. Ce reportage doit un peu monté en gamme sur la programmation d'NRJ 12, c'est quand même peu courant de parler d'artistes d'Art contemporain ! A moi d'en faire quelque-chose d'intéressant. Mais ça m'a servi car j'ai reçu plusieurs commandes de touristes présents dans la station.

 

DUBAI, "3D ARTWORK" :

 

 

Public Ados : Etre "artiste" en 2015 c'est quoi ? Est-ce plus compliqué aujourd’hui de se différencier, de se faire une place ?

 

Johann : La qualité ne suffit pas, l'acheteur veut avoir l'historique de l'artiste et veut constater un peu de magie autour d'une œuvre, les artistes de street Art ont la cote parce que leur rébellion est attirante pour les collectionneurs qui s'imaginent peut-être eux aussi être dans une forme de rebellion et de décalage qu'ils aiment partager lors des mondanités. Tous les graffeurs sont recherchés par la police et possèdent des noms d'artistes, donc posséder une oeuvre d'un Street Artiste c'est véritablement branché ! Je pense qu'il faut tout naturellement aimer ça d'une part, bien avant l'aspect financier et créer, toujours créer et montrer son travail, l'étude de marché est facile à faire, si 40 personnes vous disent, c'est formidable il faut en tirer quelque chose et alors il faut foncer !

 

 Public Ados : Il y a-t-il un message que tu souhaites transmettre à travers tes œuvres ?

 

Johann : J'espère que mes tableaux permettent à minima de s'évader, de donner envie de voyager et de se perdre dans l’œuvre. Il y a une multitude de détails et d'univers selon chaque quartier et la thématique du souvenir me plaît beaucoup, je veux que l’œil spectateur se souvienne d'un événement de sa vie en regardant une rue, un jardin, un monument. Chaque tableau est véritablement un condensé d'émotions que je veux reconstituer et partager. 

 

Public Ados : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

 

Johann : La FIAC bien sûr, même si c'est plus de "l'Art conceptuel" qu'ils choisissent, je me battrai jusqu'au bout pour y figurer !

 

 

Le site web de Johann Perathoner 

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Johann poste également des vidéos sur Youtube, tu pourras y découvrir de nombreuses vidéos et de timelaps de son travail pour bien comprendre chaque étape de réalisation. 

 

Crédits photos : J. Perathoner

Par Billie |   dernière mise à jour : 23 mars 2015

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